Quand je sors dans la rue, c'est un peu comme quand je rentre dans une bibliothèque. Comme la bibliothèque expose fièrement ses livres sur ses étagères, la rue elle, montre ses gens fermés, eux aussi tout comme les livres.
C'est comme un sentiment d'absence, un vide, j'avance dans la rue comme j'avance dans ma vie, comme j'avance dans une bibliothèque. Sans rien voir et sans me faire voir. Les gens glissent sur moi, tout comme les mots. Mes yeux voient mais plus rien ne les relie à ma tête. Je vois des formes, du vert, du gris aussi, et même du noir. Surtout du noir. Du noir sur les gens, à l'intérieur des gens et en moi aussi. En fait, je ne vois rien, je ne sens rien. Absence de tout dans cet endroit calme, ma bibliothèque, même dans cet endroit bruyant, ma rue.
Je passe au milieu des gens comme si je marchais au milieu de rayons et de rayons qui n'en finissent plus. Les gens qui passent à côté de moi, sont comme inanimés, comme rangés sur une étagère et classés par ordre alphabétique.
En fait les gens sont comme les livres. Ils renferment tous une histoire, un moment de leur vie, un sentiment. Mais les livres eux, on peut les ouvrir, les sentir : le papier, la colle, les mots ; en lire quelques passages, s'arrêter, profiter et penser.
Avec les gens, on ne peut pas. Les gens eux, sont comme des gros livres fermés à clef, et eux-même et chacun d'eux a jeté sa clef dans un endroit infiniment perdu. Les livres dorment pour protéger leur trésors, les gens font du bruit mais ils ne renferment aucun trésor malgré leur grosse sérure.